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Gestion Forestière

FireSat : la constellation qui veut détecter un feu de forêt avant qu'il ne devienne incontrôlable

Un feu de forêt qui démarre a une fenêtre d'intervention très courte avant de devenir incontrôlable. C'est précisément cette fenêtre que la constellation FireSat cherche à agrandir, en repensant depuis zéro ce qu'un satellite dédié à la détection d'incendie peut observer et à quelle fréquence.

Le problème que les satellites existants ne résolvent pas

Les systèmes de détection thermique par satellite actuels, comme MODIS ou VIIRS, ont un défaut structurel pour cet usage précis : ils ne repèrent généralement un incendie qu'une fois qu'il a atteint plusieurs hectares, et leur fréquence de repassage sur une même zone plafonne autour de 12 heures dans le meilleur des cas. Pour un feu qui peut doubler de surface en quelques dizaines de minutes par vent fort, ce délai suffit à transformer un départ de feu maîtrisable en incendie majeur.

Une constellation conçue spécifiquement pour ce cas d'usage

FireSat est portée par l'Earth Fire Alliance, une organisation à but non lucratif, en partenariat avec Muon Space, qui conçoit et opère les satellites. L'initiative bénéficie du soutien de Google Research, de Google.org, de l'Environmental Defense Fund, de la Gordon and Betty Moore Foundation et de la Minderoo Foundation.

Après un démonstrateur, FireSat0, lancé en mars 2025, trois satellites opérationnels ont rejoint l'orbite en juillet 2026 depuis la base spatiale de Vandenberg. Chaque satellite embarque un radiomètre multispectral électro-optique et infrarouge à six canaux, couvrant le visible, le proche infrarouge ainsi que l'infrarouge courte, moyenne et longue longueur d'onde. Cette combinaison de bandes permet de détecter des foyers à des températures plus basses que les capteurs existants, de voir à travers la fumée et les nuages, et de réduire nettement le nombre de fausses alertes en croisant les signatures spectrales entre elles. Les satellites évoluent en orbite basse héliosynchrone, à environ 600 kilomètres d'altitude.

Une résolution qui change d'échelle

La capacité annoncée est de détecter un foyer aussi petit que 5 mètres sur 5, soit à peu près la taille d'un conteneur maritime, là où les systèmes existants ne deviennent fiables qu'à l'échelle de plusieurs hectares. Dès leur mise en service, les trois satellites assurent un passage au moins deux fois par jour sur l'ensemble des zones à risque d'incendie dans le monde, et ont déjà permis de détecter des feux sur cinq continents, dont un départ de feu froid et de faible intensité dans l'Ouest américain que les systèmes satellitaires existants n'avaient pas la sensibilité nécessaire pour identifier.

Une montée en puissance planifiée par étapes

Trois satellites ne représentent qu'une première brique. La feuille de route de l'Earth Fire Alliance et de Muon Space prévoit une capacité opérationnelle complète autour d'une vingtaine de satellites, portant la fréquence de repassage à environ une heure sur chaque zone. La cible finale, avec une constellation de plus de 50 satellites, viserait un passage toutes les 20 minutes à l'échelle mondiale, un horizon annoncé pour la fin de la décennie.

Ce que ça change pour la gestion du risque incendie

Pour la gestion forestière, l'intérêt de FireSat ne tient pas seulement à la résolution spatiale, mais à la combinaison résolution fine et fréquence de repassage élevée, deux propriétés habituellement en tension dans la conception d'un système satellitaire : plus un capteur voit petit, plus il est difficile de le faire repasser souvent sur une zone donnée sans multiplier le nombre de satellites. C'est exactement ce compromis que la constellation cherche à déplacer en misant sur le nombre de satellites plutôt que sur un unique capteur très performant.

Cette logique rejoint un principe déjà observé sur ce site à propos du dispositif marocain de l'ANEF : aucune source de données seule ne couvre à la fois la fréquence de revisite nécessaire à l'alerte précoce et la résolution nécessaire à la caractérisation fine du risque. Pour des massifs forestiers méditerranéens comme ceux du Maroc, où la saison des incendies s'intensifie sous l'effet du changement climatique, une couche de détection ultra-rapide à l'échelle mondiale comme FireSat ne remplacerait pas les dispositifs nationaux existants, mais viendrait s'y superposer comme un système d'alerte précoce complémentaire, susceptible de gagner de précieuses minutes avant qu'un départ de feu ne dépasse la capacité d'intervention au sol.

À suivre

FireSat reste, à ce stade, une constellation de trois satellites qui n'a pas encore atteint sa capacité opérationnelle complète. La vitesse à laquelle l'Earth Fire Alliance et Muon Space parviendront à déployer les satellites supplémentaires prévus déterminera si cette promesse de détection en quasi temps réel se généralise effectivement à l'échelle mondiale, ou si elle reste, pour les prochaines années, concentrée sur les régions les mieux couvertes par les premiers satellites en orbite.