Sentinel-3C : l'Europe lance la relève pour surveiller océans, terres et feux de forêt
Le 14 septembre 2026 à 22h21 heure de Kourou (1h21 UTC le 15 septembre), un lanceur Vega-C doit décoller du port spatial européen de Kourou, en Guyane française, avec à son bord deux satellites : Sentinel-3C, de l'Union européenne et de l'ESA, et FLEX, la huitième mission Earth Explorer de l'ESA consacrée à la fluorescence de la végétation. Ce double lancement, désigné VV30, marque une étape importante pour l'observation de la Terre européenne. Cet article se concentre sur Sentinel-3C ; FLEX, dont la mission scientifique est suffisamment distincte, fait l'objet d'un article séparé.
Une troisième copie pour prolonger une série déjà longue
Sentinel-3C n'est pas un nouveau concept, c'est une continuité. Il rejoint Sentinel-3A (lancé en 2016) et Sentinel-3B (lancé en 2018) sur une orbite héliosynchrone à environ 820 km d'altitude, avec un jeu d'instruments identique à celui de ses deux prédécesseurs. Avec les deux satellites actuellement en orbite, la fréquence de revisite est déjà inférieure ou égale à quatre jours selon la latitude, sur un cycle orbital complet qui se répète tous les 27 jours. L'arrivée d'un troisième satellite du même type devrait encore améliorer cette fréquence de revisite, un paramètre qui compte directement pour le suivi d'événements qui évoluent vite, comme un panache de fumée ou une anomalie thermique.
Cette logique de flotte plutôt que de satellite unique est au cœur de la philosophie Sentinel : garantir la continuité d'une série de données sur le long terme, y compris en cas de défaillance ou de fin de vie d'un satellite, ce qui est indispensable pour des usages climatiques où seule une série homogène sur plusieurs décennies a de la valeur.
Trois instruments, un même socle scientifique
Sentinel-3C embarque le même ensemble d'instruments que ses deux prédécesseurs :
- OLCI (Ocean and Land Colour Instrument), un spectromètre imageur à fauchée large conçu pour limiter la contamination par réflexion spéculaire du soleil (sun-glint). Il mesure la lumière réfléchie sur 21 bandes spectrales, à une résolution spatiale allant jusqu'à 300 m, pour des applications couvrant la couleur de l'océan, la végétation, les surfaces terrestres et l'atmosphère.
- SLSTR (Sea and Land Surface Temperature Radiometer), un radiomètre à double angle de visée opérant sur neuf bandes spectrales, avec une résolution spatiale comprise entre 500 m et 1 km. Son objectif principal est de fournir des températures de surface (mer et terre) avec une précision inférieure à 0,3 K, pour des usages climatologiques et météorologiques.
- SRAL (Synthetic Aperture Radar Altimeter), un altimètre radar dont la technologie s'appuie sur l'héritage des missions CryoSat et Jason, dédié à la mesure de la topographie des surfaces (océans, glaces, eaux continentales).
SLSTR et la détection des feux en quasi temps réel
C'est SLSTR qui intéresse le plus directement la gestion des ressources forestières. L'instrument comporte deux canaux infrarouges thermiques dédiés, spécifiquement optimisés pour la détection des feux actifs et la mesure de la puissance radiative du feu (Fire Radiative Power, FRP), un indicateur de l'intensité de combustion. Ces produits FRP alimentent notamment les services de réponse d'urgence de Copernicus (Copernicus Emergency Management Service), aux côtés d'autres capteurs bien connus des praticiens de la télédétection forestière, comme MODIS ou VIIRS.
L'ajout d'un troisième satellite portant ce même instrument, avec la fréquence de revisite améliorée qui en découle, va dans le sens d'une surveillance plus continue des départs de feu à l'échelle régionale, un enjeu que ce site a déjà documenté à propos du dispositif marocain de prévention des incendies de forêt.
Ce que ça change pour un praticien
Pour qui enseigne ou pratique la télédétection appliquée aux ressources naturelles, l'intérêt de Sentinel-3C n'est pas dans une rupture technologique, il est dans la continuité et la redondance : plus de satellites identiques en orbite simultanée signifie une série de données plus robuste, moins vulnérable à une panne isolée, et une fréquence de revisite plus élevée pour des produits déjà bien connus (température de surface, couleur de l'océan, puissance radiative du feu). C'est un rappel utile que l'essentiel des progrès en observation de la Terre ne vient pas toujours d'un nouveau capteur, mais aussi de la robustesse et de la densité temporelle d'une constellation existante.
Les données de Sentinel-3C, une fois la phase de calibration en orbite terminée, seront diffusées via les canaux Copernicus habituels (Copernicus Data Space Ecosystem), ce qui les rendra directement exploitables dans les mêmes flux de travail Google Earth Engine ou QGIS que celles de Sentinel-3A et 3B.