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Gestion Forestière

Amazonie, octobre 2026 : pourquoi les incendies explosent alors que la déforestation recule

En Amazonie brésilienne, deux chiffres publiés au même moment racontent deux histoires opposées. D'un côté, l'INPE confirme pour la période 2025-2026 un niveau de déforestation, c'est-à-dire de coupe nette de forêt, parmi les plus bas jamais enregistrés, comme on l'a documenté sur ce site en août dernier. De l'autre, plusieurs relevés de terrain et de presse rapportent qu'octobre 2026 affiche un nombre de foyers actifs nettement supérieur à octobre 2025, certains comparant les deux premières semaines du mois et parlant d'un quasi triplement des détections, avec une fumée suffisamment dense pour entraîner la fermeture d'écoles à Manaus. Sur l'ensemble de l'année, le nombre de feux recensés en moins de dix mois approchait déjà, selon des données INPE relayées par la presse scientifique, le total de toute l'année 2025.

Comment la déforestation peut-elle reculer pendant que les incendies explosent ? La réponse tient à ce que mesurent réellement les satellites, et c'est une distinction centrale pour qui conçoit un dispositif de suivi forestier.

Deux objets, deux chaînes de traitement

La déforestation, au sens où l'INPE la mesure avec ses systèmes PRODES et DETER déjà présentés sur ce site, désigne la conversion d'une parcelle boisée en un usage non forestier : pâturage, culture, infrastructure. Ces systèmes comparent des images optiques successives et détectent une perte nette et durable de couvert, généralement liée à une coupe volontaire.

Le feu est un objet différent. Les systèmes de détection d'incendies actifs, au premier rang desquels FIRMS (Fire Information for Resource Management System) de la NASA, s'appuient sur les capteurs thermiques des satellites Terra, Aqua et de la constellation VIIRS : ils repèrent une anomalie de température de surface, signature d'une combustion en cours, indépendamment de ce qu'il advient ensuite du couvert forestier. Un feu peut parcourir une forêt sans que celle-ci soit classée en zone déboisée, si le couvert se referme ou si la canopée reste suffisamment dense pour que l'algorithme de détection de la coupe ne déclenche pas d'alerte.

Ces deux chaînes de traitement, pourtant alimentées par une partie des mêmes constellations satellite, répondent donc à deux questions distinctes : « une parcelle a-t-elle changé d'usage ? » pour la déforestation, « un feu brûle-t-il à cet endroit, à cet instant ? » pour la détection active. Un bilan annuel de déforestation au plus bas et une saison de feux exceptionnelle ne sont donc pas contradictoires : ce sont deux mesures de deux phénomènes différents.

La dégradation, l'angle mort entre les deux

Entre ces deux extrêmes existe une catégorie que la télédétection a plus de mal à capter : la dégradation forestière. Une forêt dégradée par un incendie, une exploitation sélective de bois ou une sécheresse sévère reste cartographiée comme forêt, parce que sa canopée subsiste partiellement, alors que sa biomasse, sa biodiversité et sa capacité de stockage de carbone ont déjà été fortement amputées. Plusieurs analyses relayées cet automne estiment qu'une telle dégradation concernerait désormais près de 40% du biome amazonien, une proportion qui aurait dépassé celle de la déforestation stricte au cours des dernières années. Une partie des incendies d'octobre 2026 toucherait ainsi des zones déjà fragilisées par des feux antérieurs, notamment ceux de 2015 et 2023, années marquées comme 2026 par un épisode El Niño qui assèche la végétation et allonge la saison à risque.

Cette dégradation ne se lit pas directement sur une carte de déforestation. Elle nécessite d'autres approches : suivi de la densité de canopée dans le temps, indices de stress hydrique, ou croisement entre cartographie de la biomasse et historique des feux sur une même parcelle. C'est un chantier méthodologique à part entière, distinct du couple PRODES/DETER.

Un bilan carbone qui peut basculer

Cette distinction a une conséquence directe sur le bilan carbone de la forêt. Une étude relayée par la presse scientifique cet automne chiffre à 1,17 milliard de tonnes l'excédent de CO2 émis par les incendies amazoniens de 2026 par rapport à ce que la forêt a pu absorber sur la même période, un signe que des portions significatives du biome fonctionneraient temporairement comme une source nette de carbone plutôt que comme un puits. Un tel basculement n'apparaît dans aucun indicateur de déforestation : il se lit uniquement en croisant les détections de feux actifs, l'estimation de la biomasse brûlée et les modèles de flux carbone, une chaîne de traitement bien plus complexe qu'un simple comptage d'hectares déboisés.

Pour qui conçoit un dispositif de suivi forestier

Ce découplage entre déforestation et feux est un rappel utile : un indicateur unique, même rigoureux, ne raconte qu'une partie de l'histoire d'un biome forestier. Un dispositif de monitoring complet doit faire cohabiter plusieurs couches, la coupe nette, le feu actif, la dégradation et le bilan carbone, chacune avec sa propre source satellite, sa propre fréquence de mise à jour et sa propre marge d'erreur. Réduire la santé d'une forêt tropicale au seul chiffre annuel de déforestation, aussi bas soit-il, revient à ignorer une partie du signal que les mêmes satellites sont pourtant capables de fournir.