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Changement Climatique

Destination Earth : l'Europe pose les bases d'un jumeau numérique dédié à l'adaptation climatique

Une équipe internationale menée par le Barcelona Supercomputing Center (BSC-CNS) vient de publier un article posant les fondations d'un nouvel outil : le Climate Change Adaptation Digital Twin (Climate DT). Développé dans le cadre du programme européen Destination Earth (DestinE), par un partenariat mené par le CSC – IT Center for Science finlandais en collaboration avec le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF), ce jumeau numérique s'attaque à un problème connu de quiconque travaille sur l'adaptation climatique : la distance entre une projection climatique globale et une décision d'adaptation qui, elle, se prend toujours à l'échelle locale.

Le problème que résout un jumeau numérique du climat

Les modèles climatiques produisent depuis longtemps des projections à l'échelle du globe. Mais un gestionnaire forestier, un opérateur de réseau d'eau ou un planificateur énergétique n'a pas besoin d'une moyenne globale : il a besoin de savoir comment un scénario climatique donné va se traduire concrètement sur son territoire et dans son secteur d'activité. Combler cet écart entre la sortie brute d'un modèle climatique et une donnée directement exploitable pour une décision d'adaptation est précisément la fonction que vise le Climate DT.

Une infrastructure de modélisation, pas un simple jeu de données

Le Climate DT est présenté par ses concepteurs comme une infrastructure de modélisation flexible, capable de produire à la fois des informations climatiques et des informations d'impact sectorielles à haute résolution. Concrètement, l'outil permet de générer des projections climatiques de long terme et d'explorer des scénarios « et si » sur la façon dont des événements climatiques extrêmes pourraient évoluer sous différentes trajectoires futures. Cette capacité de simulation repose sur une puissance de calcul conséquente : le supercalculateur MareNostrum 5, opéré par le BSC, ainsi que l'expertise du département des sciences de la Terre du centre en intégration et gestion de données.

Des simulations globales, une granularité locale

L'ambition affichée par l'équipe est de faire passer les projections climatiques globales d'un exercice de recherche à un outil opérationnel, en produisant des simulations à granularité locale directement utilisables pour la prise de décision en matière d'adaptation. C'est cette bascule, de la simulation scientifique vers l'outil de décision, qui distingue le Climate DT d'un modèle climatique classique : la donnée n'est pas seulement produite, elle est structurée pour être consommée par des utilisateurs finaux via une plateforme dédiée.

Des données sectorielles pour la forêt, l'eau et l'énergie

Le point le plus directement pertinent pour la gestion des ressources naturelles est que le système ne se contente pas de livrer des variables climatiques brutes. Il fournit des données climatiques et des données d'impact spécifiques à des secteurs identifiés, dont la gestion forestière, la gestion de l'eau et l'énergie. Autrement dit, la donnée est déjà mise en forme pour répondre aux besoins propres à chacun de ces domaines, plutôt que de laisser à chaque secteur le soin de réinterpréter une sortie climatique générique. Pour la foresterie en particulier, cela ouvre la perspective de disposer de projections d'impact climatique directement intégrables dans des outils de planification, sans passer par un travail de traduction méthodologique supplémentaire.

Ce que ça signifie pour la géomatique appliquée au climat

Le Climate DT illustre une tendance de fond qui dépasse ce seul projet : la convergence entre calcul haute performance, modélisation du système terrestre et diffusion géospatiale des résultats. Ce type d'infrastructure ne remplace pas les compétences en télédétection ou en SIG nécessaires pour exploiter ses sorties à l'échelle d'un territoire, mais il change la nature de la donnée climatique disponible en amont : plus fine, plus contextualisée par secteur, et pensée dès sa conception pour l'adaptation plutôt que pour la seule recherche.

À suivre

À ce stade, le Climate DT reste documenté par un article scientifique posant ses fondations, pas encore par une mise à disposition large et opérationnelle pour des chercheurs ou des praticiens extérieurs au consortium européen qui le développe. La question à suivre est celle de l'accessibilité effective de ces données sectorielles, notamment forestières, en dehors du cercle des institutions parties prenantes de Destination Earth : c'est cette ouverture qui déterminera si l'outil reste une infrastructure de recherche européenne ou devient une ressource mobilisable plus largement pour l'adaptation climatique appliquée à la gestion des ressources naturelles.